C’est la journée mondiale de l’orgasme! Et si nous faisions le tour de la question?

Et si vous preniez une minute pour fermer les yeux, respirer profondément une main sur le ventre, l’autre sur la poitrine et imaginer la couleur que vous donneriez à votre expérience de l’orgasme? Depuis 2006, la journée du 21 décembre, veille du solstice d’hiver, a été décrétée « Journée mondiale de l’orgasme » sur proposition d’une association militante pacifiste, Global orgasm for peace. Aujourd’hui, cette journée s’inscrit dans le cadre de la lutte pour l’égalité pour sensibiliser aux obstacles à la jouissance féminine. La Consultation de couple et de sexologie de PROFA saisit cette occasion pour évoquer les enjeux fréquemment abordés en séance autour de l’expérience de l’orgasme.

Qui dit expérience, dit aussi subjectivité et, nous le savons, il y a mille et une manières de définir l’orgasme. Parmi les diverses définitions proposées en sexologie, retenons celle que propose F. Bianchi Demicheli qui met en lumière son origine neuro-psycho-physiologique: « Du grec orgasmos, lui-même d’orgâo et du verbe orgän, le terme orgasme signifie: « je suis entièrement agité »; « bouillonner d’ardeur ». Sa racine fondamentale « varg » signifie « bouger », « agir ». Dérivé de urg’as, il exprime aussi l’exubérance de force, l’énergie et le jus. ». « L’orgasme correspond au pic du plaisir sexuel avec déclenchement de la tension sexuelle et des contractions rythmiques des muscles périnéaux et des organes pelviens liés à la reproduction. Au sens physiologique, l’orgasme survient au plus fort de l’excitation et reflète l’expression d’un plaisir intense » (1).

Inégalité face à l’orgasme

Alors que l’accès au plaisir fait partie des droits reconnus et revendiqués par la grande majorité, il est difficile d’évoquer l’orgasme sans signaler les inégalités entre hommes et femmes sur ce sujet. On parle aujourd’hui dans la littérature de fossé orgasmique, « orgasm gap » en anglais. Ce fossé orgasmique serait par ailleurs plus important dans les couples hétérosexuels. Les dernières études soulignent en effet que seuls 65% des femmes hétérosexuelles déclarent avoir un orgasme lors des rapports sexuels (contre 95% des hommes), alors que 86% des femmes lesbiennes l’atteignent (2).

Une des premières études sur la sexualité menée par Shere Hite en 1977 montrait que 70% de femmes (sur 3000 interrogées) n’arrivaient pas à l’orgasme dans un rapport sexuel pénétratif sans stimulations clitoridiennes, alors que 96% des femmes obtenaient facilement des orgasmes par masturbation (3). Plus récemment, les réponses à un sondage auprès des abonné·e·s du compte Instagram Jouissance Club indiquent que 87% (sur 20’000 abonnée·e·s) ont besoin de stimuler leur gland pour parvenir à l’orgasme (4). Beaucoup de femmes ignorent encore l’ensemble des facettes de leur fonctionnement sexuel.

La ruée vers l’orgasme

Le savoir en matière de sexualité se transmet aujourd’hui facilement par les réseaux sociaux. Cette tendance nous semble très positive car se sentir bien dans sa sexualité n’est ni naturel ni instinctif: l’intimité sexuelle s’apprend tout au long de la vie. Les partages de questionnements et d’expériences élargissent nos représentations, nous apportent des réponses ou des idées d’exploration. Les tutoriels de masturbation contribuent à la connaissance de soi et des ressorts érotiques de son propre corps. La toute récente mise à jour des connaissances sur la complexité du clitoris, ainsi que sa visibilité accrue dans les schémas représentant les organes génitaux avec ses multiples et souvent joyeuses représentations ont largement participé à l’appropriation par les femmes des ressources jouissives de leur sexe (5).

Chez certaines pourtant, cette nouvelle norme de l’injonction à jouir » pour se sentir pleinement femme peut être vécue comme contraignante. Nous entendons parfois en consultation des témoignages relatant cette pression qui entraîne souvent une baisse d’estime de soi et le vécu d’un corps « insuffisant ». Cet idéal de jouir peut impacter la sexualité relationnelle et entraîner un stress, une anticipation anxieuse chez les deux partenaires, rendant plus complexe le partage du plaisir. De leur côté, les hommes témoignent de cette réalité en évoquant une double performance à mener: une érection sans défaillances et des compétences à faire jouir leur partenaire. En miroir, chez les femmes nous entendons parfois la culpabilité de ne pas parvenir à l’orgasme, expérience qui peut être vécue comme un échec et comme une mise en échec du partenaire. Il arrive de trouver là un des facteurs explicatifs d’une baisse de désir manifestée chez l’un·e ou l’autre des partenaires.

Le plaisir, à déguster seul ou à plusieurs

Les modèles construits à partir des images pornographiques dominantes renforcent aussi ces réalités. La comparaison des corps et des exploits de la fiction porno peut fragiliser la confiance en soi. L’érotisme et l’orgasme n’échappent pas aux défis de notre temps où technologie et humanité se mêlent de plus en plus intimement. L’usage répandu des sex-toys permet la découverte de nouvelles sensations et faciliterait l’orgasme grâce aux performances techniques. L’un des plus utilisés actuellement, le Womanizer, signifie d’ailleurs « ce qui rend femme » … Atteindre l’orgasme aurait-il dans certains cas moins à voir avec une écoute des stimuli et rythmes de son corps qu’avec une réaction de plaisir déclenchée de manière mécanique? Si les sex-toys participent souvent à la découverte du plaisir et à l’indépendance érotique des femmes, ils posent néanmoins des questions auxquelles nous sommes attentif·ve·s dans notre clinique: l’orgasme vécu en solo serait-il préférable parce que moins complexe, moins risqué qu’avec un·e partenaire? Le plaisir sexuel deviendrait-il un bien de consommation comme un autre et notre corps un instrument à rendre performant?

Au-delà du plaisir ressenti par nos organes, le plaisir sexuel, la jouissance sont composés des tonalités et nuances infinies de nos fantaisies érotiques ou de nos fantasmes conscients et inconscients. Souvent, en particulier pour les femmes, cela suppose de pouvoir s’autoriser à en jouer, en disposant de son corps pour soi-même dans une recherche active du plaisir où la culpabilité et la honte n’ont pas lieu d’être. Dans le couple, la jouissance partagée va découler de la capacité des partenaires à s’accorder, à l’image des musiciens mettant leurs instruments au diapason avant le concert. Cet accordage diffère selon la relation et l’étape de vie. Il nécessite la prise en compte des rythmes physiologiques et des composantes émotionnelles propres à chacune et à chacun. Une mélodie à composer avec les manifestations de tendresse dans la relation, la séduction érotique, l’assertivité et le désir.

Pour conclure cette lecture sur l’intime, nous vous proposons de fermer à nouveau les yeux et en même temps que vous visualisez la couleur de votre orgasme passé ou à venir, nous vous invitons à imaginer quelle musique pourrait l’accompagner…

Fondation PROFA
Consultation de couple et de sexologie

Pour aller plus loin

  1. Ortigue, S. & Bianchi-Demicheli, F. (2006). Le cerveau au cœur du plaisir féminin. Revue médicale suisse, 9 (58).
  2. Frederick, D.A., John, H.K.S., Garcia, J.R. & Lloyd, A.L. (2018). Differences in Orgasm Frequency Among Gay, Lesbian, Bisexual, and Heterosexual Men and Women in a U.S. National Sample. Arch Sex Behav 47(1), 273–288 https://doi.org/10.1007/s10508-017-0939-z
  3. Benghozi, P. (2020). Couleurs de l’orgasme au féminin, sexualité et cyborg. Sexualités humaines 44, 18–28
  4. Jüne, P. (2020). Jouissance Club, Une cartographie du plaisir, Edition de luxe. Marabout.
  5. Gardey, D. (2021). Les savoirs variables sur le désir féminin. Campus, Le magazine scientifique de l’université de Genève (144), 26–29.

L’équipe de la Consultation de couple et de sexologie de la Fondation PROFA est présente dans votre région pour vous accompagner dans votre vie de couple ou votre sexualité.